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Programmer des temps de récupération en pharmacie : une piste pour améliorer la qualité de vie au travail ?

Dans beaucoup de pharmacies, personne ne programme les pauses. Elles arrivent… lorsqu’il y a le temps. Et lorsque l’activité est soutenue, ce temps n’arrive parfois jamais.

Pourtant, à l’heure où les pharmacies font face à des difficultés de recrutement, à une charge de travail croissante et à des attentes de plus en plus fortes en matière de qualité de vie au travail, les titulaires ont tout intérêt à s’interroger sur l’organisation de leurs équipes.

Et si prévoir de véritables temps de pause n’était pas seulement une question de réglementation, mais aussi un moyen de favoriser le bien-être des collaborateurs, de limiter la charge mentale, de renforcer la cohésion de l’équipe et, à plus long terme, de contribuer à la fidélisation des salariés ?

La réglementation fixe un minimum. Mais l’organisation d’une officine performante ne se limite pas toujours au respect des obligations légales. Elle consiste aussi à réfléchir à ce qui permettra à une équipe de rester engagée, efficace et épanouie dans la durée.


Que prévoit la réglementation ?

Avant d’imaginer une organisation différente, il est important de rappeler ce que prévoit la réglementation.

Le Code du travail et la convention collective nationale de la pharmacie d’officine imposent une pause minimale de 20 minutes consécutives après six heures de travail continu. Cette pause peut être accordée avant l’expiration des six heures et la pause déjeuner peut, selon son organisation, répondre à cette obligation.

Contrairement à une idée encore répandue, la convention collective ne prévoit plus aujourd’hui de temps de pause supplémentaire calculé en fonction du nombre d’heures travaillées. Les plus anciens professionnels se souviennent peut-être de la règle des 2 minutes de pause par heure travaillée, qui figurait autrefois dans la convention collective. Cette disposition a depuis disparu au profit de la réglementation actuelle.

Autrement dit, une pharmacie respecte parfaitement ses obligations légales dès lors que ces dispositions sont respectées.

Mais la réglementation répond uniquement à une question : quel est le minimum à respecter ?

Elle ne répond pas forcément à une autre, tout aussi importante :

Quelle organisation permettra à une équipe de travailler durablement dans de bonnes conditions ?


Les habitudes dans les officines

Dans la pratique, les pauses dépendent encore très souvent du niveau d’activité.

Les jours plus calmes, chacun trouve quelques minutes pour boire un café, s’hydrater ou souffler.

À l’inverse, lorsqu’une matinée est particulièrement chargée, ces quelques minutes disparaissent naturellement. Personne ne décide réellement de supprimer les pauses ; elles sont simplement repoussées… jusqu’à ne jamais être prises.

Prenons une situation que beaucoup de titulaires connaissent.

Une préparatrice commence sa journée à 8 h 30. Entre les ordonnances, les appels téléphoniques, les commandes, les livraisons, les vaccinations et les conseils aux patients, elle ne quitte véritablement son poste qu’à 13 heures.

Elle aura probablement bu un café rapidement dans l’arrière-boutique ou échangé quelques mots avec une collègue, mais sans jamais avoir réellement déconnecté de son activité.

Cette situation n’a rien d’exceptionnel.


Quand les pauses deviennent un véritable enjeu de qualité de vie au travail

Le métier de pharmacien ou de préparateur ne consiste pas uniquement à délivrer des médicaments.

Il demande une concentration permanente, de la vigilance, de l’écoute, de la disponibilité et une capacité à gérer plusieurs sollicitations simultanément.

À cela s’ajoutent les appels téléphoniques, les commandes, les ruptures de stock, les représentants, les vaccinations ou encore les demandes des collègues.

Cette succession d’interruptions crée une véritable charge mentale.

Une journée sans véritable coupure peut sembler anodine lorsqu’elle reste exceptionnelle.

En revanche, lorsqu’elle devient la norme, elle peut progressivement renforcer la fatigue, diminuer la concentration et donner la sensation de journées particulièrement longues.

Cette réflexion dépasse d’ailleurs le simple confort des équipes.

Selon une étude de Great Place To Work, relayée par France Travail86 % des salariés français déclarent qu’à offre d’emploi équivalente, ils privilégieraient une entreprise reconnue pour sa qualité de vie au travail.

La même étude indique également que 81 % des salariés de ces entreprises souhaitent y rester durablement, contre 57 % en moyenne.

Même si ces chiffres concernent l’ensemble des secteurs d’activité et non spécifiquement les pharmacies, ils illustrent une évolution importante : la qualité de vie au travail est devenue un véritable critère d’attractivité et de fidélisation des collaborateurs.

Dans un contexte où les officines rencontrent des difficultés de recrutement et de fidélisation, réfléchir à l’organisation des journées de travail, y compris aux temps de récupération, peut donc dépasser la simple question du bien-être. C’est aussi un investissement dans la stabilité de l’équipe.


Et si les pauses devenaient un véritable levier de management ?

La réglementation fixe un minimum.

Mais rien n’empêche une pharmacie d’aller plus loin si elle estime que cela peut améliorer le fonctionnement de son équipe.

Et si les pauses n’étaient plus considérées uniquement comme une obligation légale, mais comme un véritable levier de management, d’organisation et de qualité de vie au travail ?

L’idée n’est pas d’augmenter artificiellement le temps de repos.

L’idée est plutôt d’éviter qu’un collaborateur enchaîne quatre ou cinq heures de travail sans véritable respiration.

Prévoir une pause d’une dizaine de minutes toutes les deux heures pourrait permettre au salarié de quitter quelques instants le comptoir, de s’hydrater, de prendre un café, de s’asseoir ou simplement de déconnecter avant de reprendre son activité.

Dans un métier où la vigilance est constante, ces quelques minutes peuvent suffire à retrouver de la concentration et de la disponibilité pour le reste de la journée.


Pourquoi les inscrire directement au planning ?

Aujourd’hui, les pauses existent lorsqu’il reste quelques minutes disponibles.

Le problème est que les journées les plus fatigantes sont précisément celles où personne ne trouve ce temps.

En les inscrivant directement dans le planning, les pauses deviennent un véritable élément de l’organisation de l’officine.

Au même titre que les horaires d’arrivée, les livraisons ou les rendez-vous, elles sont anticipées.

Bien entendu, cela ne signifie pas qu’elles devront être prises exactement à l’heure prévue.

Une forte affluence ou une urgence pourront toujours conduire à les décaler de quelques minutes.

L’objectif est simplement qu’elles ne disparaissent plus complètement.


Une organisation finalement plus simple qu’il n’y paraît

À première vue, prévoir plusieurs pauses dans une journée peut sembler compliqué.

Pourtant, les officines disposent souvent de moments de relais qui peuvent être utilisés intelligemment.

L’arrivée d’un collaborateur en milieu de matinée, la prise de poste d’un pharmacien, le retour d’une personne travaillant sur l’administratif ou encore l’arrivée d’un renfort peuvent permettre d’assurer le comptoir pendant une dizaine de minutes.

Dans certaines pharmacies, il suffirait parfois de quelques ajustements de planning pour rendre ces pauses réellement possibles.

L’objectif n’est évidemment pas de laisser patienter les patients.

Il est simplement d’anticiper ces temps de récupération plutôt que d’espérer qu’ils se présenteront naturellement.


Quels bénéfices pour l’officine ?

Au-delà du confort immédiat, cette organisation pourrait présenter plusieurs intérêts.

Un collaborateur qui bénéficie de véritables temps de récupération peut mieux maintenir son niveau de concentration jusqu’à la fin de sa journée.

La sensation de journées interminables diminue également lorsque le rythme de travail est ponctué par quelques respirations.

Cette démarche envoie aussi un message fort aux équipes : leur bien-être fait partie intégrante de l’organisation de l’officine.

À long terme, cette attention portée aux conditions de travail peut contribuer à renforcer l’engagement des collaborateurs, leur satisfaction au travail et leur fidélisation.

Dans un contexte où les pharmacies rencontrent des difficultés à recruter et à conserver leurs équipes, chaque amélioration de la qualité de vie au travail mérite d’être étudiée.


Des limites à ne pas négliger

Cette organisation n’est évidemment pas parfaite.

Elle demande une planification plus rigoureuse et une certaine souplesse.

Les journées de très forte affluence, les absences imprévues ou les périodes d’épidémie pourront parfois rendre ces pauses plus difficiles à respecter.

Le risque serait de créer des pauses théoriques qui seraient systématiquement annulées.

C’est pourquoi elles doivent rester suffisamment flexibles pour s’adapter au fonctionnement réel de l’officine.


Conclusion

La réglementation fixe un minimum.

Mais le management consiste souvent à se demander si ce minimum est suffisant pour permettre aux équipes de travailler durablement dans de bonnes conditions.

Programmer quelques minutes de pause toutes les deux heures ne constitue évidemment pas une obligation.

C’est un choix d’organisation.

Un choix qui peut contribuer à améliorer la qualité de vie au travail, réduire la charge mentale, renforcer la cohésion des équipes et rendre les journées plus supportables.

Toutes les pharmacies n’auront pas les mêmes possibilités d’organisation. Leur taille, leurs effectifs ou leur niveau d’activité ne le permettront pas toujours.

Mais peut-être que la vraie question n’est plus de savoir combien de temps de pause la réglementation impose.

Elle est plutôt de se demander :

Quelle organisation permettra à mon équipe de rester engagée, concentrée et épanouie dans la durée, tout en continuant à offrir la meilleure prise en charge possible aux patients ?


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